poesie_nomade

13 août 2008

Ghislaine Le Dizès présentation

Ghislaine Le Dizès
vous donne son bonjour littéraire et poétique.

Présentation de l’auteure.
Née à Angers le 14 août 1956, j’ai abordé la vie en tant que mal voyante. Amblyope, je ne percevais que l’ombre et la lumière. Puis j’ai appris à me guider grâce aux formes floues et aux halos des couleurs. J’ai récupéré l’usage de mes yeux au fil du temps, grâce à ma passion pour la lecture et l’écriture, dès l’âge de 6 ans. (La vision de près rééduque particulièrement bien ce genre de handicap). À 17 ans, grâce au travail incessant d’une ophtalmologiste de qualité, j’ai enfin été capable d’apercevoir les feuilles dans les arbres. Auparavant je n’avais accès à leurs formes que lorsqu’elles étaient tombées à terre.
J’ai commencé à écrire (notamment des textes poétiques) en même temps que j’ai commencé à lire. J’ai récupéré la vie en récupérant la vue.

Mon écriture s’est structurée au fil du temps, parallèlement à la structuration de ma personne. À 18 ans déjà je voulais écrire du roman. Je n’ai accédé à cette pratique qu’à la quarantaine. J’ai alors compris que nous devons tout d’abord construire notre propre charpente osseuse individuelle, les mots ne sont que la chair.

J’écris et publie actuellement en poésie et en nouvelle.
J’écris également des romans et des thrillers, ainsi que des albums et des romans pour la jeunesse, mais n’ai toujours pas publié dans ces genres à ce jour.
Je travaille depuis sept ans dans un roman historique, pour lequel j’ai obtenu trois résidences successives à Rochefort-sur-Loire : "La saga de la renarde". Ce livre relate l’histoire des enfants abandonnés sur trois siècles (XVIIè , XVIIIè, XIXè siècles) en Anjou, et me demande un important travail d’archives.

En 2001, j’ai passé le Diplôme Universitaire de formatrice en ateliers d’écriture à la Faculté d’Aix-en-Provence. Mon thème de mémoire littéraire a porté sur "L’œuvre de chair" de Henri Vincenot. J’ai intitulé mon mémoire professionnel "Écriture et sensorialité : la boussole intérieure", ceci après avoir animé pendant un an des ateliers sur les cinq sens, la psychomotricité, et l’écriture, auprès d’un groupe d’enfants à la librairie Actes Sud Juniors en Arles. J’avais fait ce choix, car j’avais été, durant les années précédentes, professeur d’initiation musicale selon la méthode sensorielle Willems auprès de jeunes enfants. Mon passé visuel me motivait, de la même manière, à aborder l’écriture sous un aspect sensitif.
Mon activité professionnelle est actuellement entièrement tournée vers l’écriture.


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Ghislaine Le Dizès publications et prix

Publications et prix.
Poésie :
“Sphinx”, poésie-photographie, Mois de la Photo Paris 2000, éditions Le Temps des Cerises
“Code : Zèbre”, poésie jeunesse, Prix du Ministère de l’Éducation Nationale 2004, éditions Maison de Poésie de Paris,
“L’essoufflement de la neige”, mention grand prix des Écrivains Méditerranéens 2006, anthologie "Souffles”, traduction du recueil en espagnol par Gaston Marti.
“Toutes sortes de ponts”, éditions Gros Textes avril 2008.
“La dernière des Bédouines” a obtenu le grand Prix de Poésie de la Ville de Béziers 2006 (en cours de contacts éditeurs).
Nouvelles :
“Écailles”, recueil de nouvelles, prix des lecteurs, Nancy, 1993
“Elle et moi, la Baleine”, nouvelle, prix des Écrivains Méditerranéens 2004, éditions Souffles

Différents textes en revues :
Nouvelles :
“Les cavaliers d’Essoli”, “Petite histoire du Nord”, Souffles,
“La renarde et le bébé de la mine”, Étoiles d’Encre revue de femmes en Méditerranée
“Le Passage-Amélie”, Cahiers Bleus
“La Poupée”, Harfang…
Poésie :
L’Atelier de l’Agneau, Souffles, N4728 Le Chant des Mots, Bacchanales Maison de la Poésie Rhône-Alpes…

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17 août 2008

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25 octobre 2008

Sargon Boulus est né en Irak le 19 février 1944, près du lac al Habbaniyah, dans une famille d’origine assyrienne ("chrétiens d’Orient"). Il a 12 ans lorsque sa famille déménage à Kirkuk, où il écrit ses premiers poèmes, "furieusement", comme il dit. Engagé politiquement, en 1967 il quitte l’Irak de Saddam Hussein sans argent ni papiers, pour Beyrouth, où il rejoindra la revue "Chi’r" dirigée par Youssef El Khal et dont fait également partie le poète Adonis. Durant les années qui suivront, il exercera conjointement les métiers de journaliste et de traducteur, et émigrera aux Etats-Unis en 1968, où il étudiera la littérature comparative à l’Université de Berkeley en Californie, et la sculpture au Skyline Collège. Sargon Boulus a écrit plusieurs recueils notables en arabe, dont certains ont été traduits en langue allemande. "L’arrivée à la ville" (1985), "La vie près de l’Acropole", éd. Tobqal, Casablanca, Maroc (1988), "Le commencement et la fin" (1982), "Le tout sur le tout" (1992), "Le porteur de lanterne dans la nuit des loups" (1996), "Si tu dormais dans l'arche de Noé" (1998), "Le scorpion dans le pré", "Légende et poussière", éd. Lit Verlag, Allemagne (2002)
"Un nouvel os pour le chien de la tribu", à paraître chez Dar al-Jamal, Adepte d’une poésie du réel, moderne, influencé par la poésie anglaise et américaine, il trace des portraits narratifs, chargés d’atmosphères, d’ambiances, et de détails du quotidien. S’exprimant dans un langage simple concis et clair, il participe, avec d’autres poètes de sa génération, à faire craquer la gangue d’une poésie arabe traditionnelle métaphorique et codifiée. Il a fortement contribué à la genèse et à l’essor de la poésie contemporaine arabe, et son travail a servi de modèle à de nombreux jeunes auteurs. Sa poésie est publiée dans les plus grandes revues arabes. Son œuvre (au gré des poèmes lus dans les festivals) a été partiellement traduite en huit langues (anglais, allemand, français, espagnol, hébreu…). Sargon Boulus a effectué plusieurs résidences d’écrivain en Allemagne, entre autres à la Schloss Wiepersdorf, château de Bettina von Annhheim, la maîtresse de Gœthe ; il affectionnait particulièrement ces séjours. Il a reçu de nombreux prix, notamment le Prix Heinrich Böll du meilleur auteur étranger en Allemagne. Parlant couramment l’anglais, lui-même a traduit de nombreux auteurs et poètes tels Adonis, Darwich, Allen Ginsberg, W.H. Auden, Ezra Pound, Sylvia Plath, Robert Duncan, Ho chi Min.... Poète du monde, pratiquant l’éloge du réel, homme profond et fervent, à la fois grave et doué d’humour, il a donné des lectures dans de nombreux et prestigieux festivals internationaux (Rotterdam, Londres, Lodève, Medelin…). Ces dernières années il vivait entre San Francisco et Berlin. Sargon était atteint d’une grave maladie. Sa flamme s’est éteinte à Berlin le 22 octobre 2007 et il a été inhumé au cimetière Assyrien de Californie. Des traductions de ses poèmes en français sont en cours, dans la perspective d’une édition pour honorer sa mémoire.


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Sargon Boulus

L’enfant de la guerre

(à une petite fille irakienne née et morte dans la guerre)

Elle est venue, la petite fille disparue
   Dans la guerre
Debout au fond du couloir, une bougie à la main
Je la vois à chaque fois que je me réveille
À la première heure de l’aube. Elle attend que je me heurte
Au mur de la vérité.

Ses yeux
Dilatés par l’horreur de la sagesse
   Patiemment dans les épines de la colline
Où mes pensées rôdent la nuit, ma main qui
   Peut couper ses chaînes
   Ma voix qui risque de poser des questions
Au meurtrier, à Dieu
Dont elle connaît, elle,
Les réponses…

Ô petite,
Combien a-t-elle duré la guerre ?
   Combien de nuits
Dans le fond de quel puits ? Quelle éternité au mal qui provient
   De tous les côtés ?
Qu’aurait-il fait le général aux quatre étoiles
Si on avait privé son enfant de son lait un seul jour ?
La petite fille dit :
Ils ont pris mes parents sur un bateau
Vers l’autre monde.
J’ai toujours su
Qu’ils allaient me laisser seule, ici, sur la plage.
J’ai toujours su.

Traduction : Antoine Jockey


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Sargon Boulus

Quelques instants au jardin

Ce ne sont que
Quelques soirées passées
Sans vraiment passer, durant lesquelles je m’isole derrière la maison
Devant moi de hautes herbes sèches voilent à peine
Les éclats de verre luisants
Sur la muraille, sous un soleil
Chétif.
Je m’assieds pour compter les secondes
Pour comprendre le sens de partir
   ou de rester à ma place.
Rêveur sans que je suive le rêve, silencieux avec l’intention
De crier. Devant les maisons de mes voisins
De grandes bannières flottent.
Les généraux de l’Amérique
Aiguisent la machine de démolition.
Silencieux avec l’intention de crier…
   Ni cet aperçu de l’épopée de la nature
Que je scrute à contrecœur
Ne me conduit à un secret que j’ambitionne un jour de clarifier,
Ni ce qui est penché
   Dans ma mémoire ne me permet
De voir le masque qui ne cesse de fuir en arrière
Dans les ruelles de mon passé.
La réalité c’est que je suis là, dans ce coin :
Mes mains sur mes genoux, mes yeux
Poursuivent un moustique qui bourdonne dans l’herbe.
Il s’envole au-dessus de la muraille, prend mes pensées vers l’inconnu un instant
Durant lequel je ne pense pas, je ne rêve pas, je ne veux rien.
   Instant digne
      d’un ascète bouddhiste.
Puis ces soirées sont finies, et je suis retourné
Au monde des fous.

Traduction Antoine Jockey


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Sargon Boulus

Les enfants enchantés et la ville

Les portes de cette ville sont hautes
Telles qu’on n’en a jamais vu auparavant, ses fresques sont pleines de navires
Qui traversent la mer, en direction de ports.
   À ses extrémités, toujours, un royaume
Réservé aux enfants qui s’amusent sans permis du propriétaire du paradis.
Leurs yeux sont des joyaux qui ne saisissent pas le sens de l’éclat.

Tels des danseurs les enfants tournoient, faisant pivoter leurs pulls
Sur leurs hanches, secouant leurs cheveux en croisant la lumière d’une étoile
Et tendant leurs petites mains vers les arcades des hauts murs.
Ce sont eux les heureux, et comme ils sont dignes d’amour !

Je vois leurs ombres en rêve, parmi les restes de ma ville
Sont-ils plus que des ombres ? Avec des souliers invisibles
Ils courent sur le trottoir de la nuit, pendant qu’un halo entoure chaque immeuble.
   Ils donnent à la ville ce qui ne peut être donné
Lisent les enseignes lumineuses sur la façade des maisons.

Et tels des oiseaux dans le désert, ils chantent pour personne.

Traduction : Antoine Jockey


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Quelques instants au jardin

Sargon Boulus

Quelques instants au jardin

Ce ne sont que
Quelques soirées passées
Sans vraiment passer, durant lesquelles je m’isole derrière la maison
Devant moi de hautes herbes sèches voilent à peine
Les éclats de verre luisants
Sur la muraille, sous un soleil
Chétif.
Je m’assieds pour compter les secondes
Pour comprendre le sens de partir
   ou de rester à ma place.
Rêveur sans que je suive le rêve, silencieux avec l’intention
De crier. Devant les maisons de mes voisins
De grandes bannières flottent.
Les généraux de l’Amérique
Aiguisent la machine de démolition.
Silencieux avec l’intention de crier…
   Ni cet aperçu de l’épopée de la nature
Que je scrute à contrecœur
Ne me conduit à un secret que j’ambitionne un jour de clarifier,
Ni ce qui est penché
   Dans ma mémoire ne me permet
De voir le masque qui ne cesse de fuir en arrière
Dans les ruelles de mon passé.
La réalité c’est que je suis là, dans ce coin :
Mes mains sur mes genoux, mes yeux
Poursuivent un moustique qui bourdonne dans l’herbe.
Il s’envole au-dessus de la muraille, prend mes pensées vers l’inconnu un instant
Durant lequel je ne pense pas, je ne rêve pas, je ne veux rien.
   Instant digne
      d’un ascète bouddhiste.
Puis ces soirées sont finies, et je suis retourné
Au monde des fous.

Traduction Antoine Jockey


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Najet Adouani

Poétesse tunisienne, Najet Adouani est née le 4 mai 1958 à Gabès.
Fille de Bédouins, elle a vécu toute son enfance et son adolescence dans le désert.
Elle a effectué ses études secondaires à Carthage et supérieures à l’Institut Bourguiba.
Titulaire d’un diplôme en journalisme et communication, et d’un diplôme d’anglais, elle exerce le métier de journaliste à Tunis.
Femme entière et intègre, un « cœur blanc », comme on dit en Tunisie, Najet Adouani écrit une poésie forte, sensible et sans concession, sans cesse renouvelée, écrite avec sa chair même et la pulsation indivisible de son être.
Publications : Poésie : « Une tulipe dans chaque plaie », Tunis, 1982 /« Des racines pour mon ciel », éditions Dar al-Awda, Beyrouth, 1986 /« Roucoulement d’une cime en acier », éditions Nouqoush a abiyya, Tunis, 1994 /Nouvelles :« Miroirs pour un seul cadavre », Tunis, 1997.
Les poésies proposées ci-dessous sont extraites de celles qu’elle a lu lors de sa venue au festival des Voix de la Méditerranée de Lodève en juillet 2005.


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Najet Adouani

Balcon sur ton âme en ruines

Scrute mes yeux
Et contemple les ruines de ton âme
Je suis le jour où s’est fondue la matrice

   J’ai été engloutie par le cri d’une veuve

Sourde, je suis née
Avec des yeux mi-clos
Une femme cachée dans la fumée du cœur

Ô toi, si loin là-haut !

Avec tes doigts, dissipe une nuée
Accumulée sur le fort du soleil
Engage-moi dans le palanquin de l’amour

Et laisse ta passion couvée dans le duvet
Du roucoulement, berce les chagrins de ton balcon
Refermés soir tes froides blessures.

Des orages nostalgiques,
Soulèvent le cristal des parcours
Sur les frontières des cachets s’abattent
Entre les pieds de ma soif

   Mon habit : le feu
   Renferme tes péchés
   T’attire vers moi la flûte d’une religieuse

Dans le vent, je voyage en chanson
Enivrée enlaçant les branches d’un palmier et m’envole.

   Ouvre le balcon
      Cette nuit
   Embrasse les liserons
Temps faisant errer nos poèmes :

   
Les ruelles se rétrécissent,
Et les nuits se prolongent
Des épis du temps,

Je tisse des couvertures aux cœurs
Et toi pour la voix d’une Bédouine
Perdue dans les granges
Tu cherches, toi.

Dans mon sang, ils ont brûlé des Cités
Entre mes lèvres, ils ont étouffé une chanson
Qui se nourrit de mon sein nostalgique
Des os de mes ancêtres, je cisèle
Un collier afin de faire rayonner la mémoire piétinante de la partie…
   Avec le reste de mes ongles, je griffe
la virilité d’un temps efféminé par les mensonges…

Mes larmes abondantes mélangés à l’odeur des tribus et
aux cantilènes des caravanes…

Parce que je suis le résidu des Bédouines...

      Je pars
            Vers
                  Le Néant.


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